Le viol consenti: une IA à 14 trillions sans créateurs ?
Bolloré se prend pour Dieu, mais s'il n'était qu'un Irresponsable ? L'IA des géants américains viole la valeur intellectuelle et la loi. Comment leur résister ?
“La crise financière actuelle (2008) représente l’accident technologique par excellence. Plus une technologie est puissante, plus elle est porteuse de sa propre catastrophe ” Paul Virilio, artiste et penseur de l’évolution technique
“Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur” Beaumarchais, le Mariage de Figaro
Avec une campagne électorale où la technologie ne manquera pas de nous surprendre, j’adopte un ton plus polémique. Quand ces hommes tout puissants se prennent pour Dieu, on peut craindre le pire, et même une catastrophe électorale. Mon fil rouge sera ces idées dérangeantes.
D’abord, pourquoi faut-il coûte que coûte résister à Bolloré l’Irresponsable ?
Ensuite, nous allons, comme annoncé par Virilio vers une catastrophe; elle est la conséquence d’une prédation inédite de notre valeur intellectuelle avec consentement, celle d’une l’IA américaine à 14 trillions1.
Enfin, je nourris cet espoir paradoxal et irrévérencieux: avec une technologie si puissante, rien ne passe jamais comme prévu par les puissants.
Bolloré et l’élite Irresponsable
Comme un grand capitaine d’industrie, après avoir mis à mort Grasset et ses écrivains, après avoir menacé les créateurs du 7e art à Cannes (Canal+/Saada), Bolloré pourrait même être tenté par un dérapage. La faille du petit breton est son ego et son narcissisme le plus extrême (droite): plus il se prend pour le Dieu tout puissant de l’IA, voulant éradiquer avec la technologie tout salarié récalcitrant, moins il voit la catastrophe advenir.
Durant la campagne à venir, et devant une foule Bardella acquise à sa cause, il pourrait même être tenté de nous faire, comme Musk, son salut Nazi. Il pourrait même aussi espérer, comme l’autre Néron de l’Elysée, que la Rome française brûle dans les catastrophes, afin “d’enfourcher le chaos” qui ne manquera pas d’advenir.
Pourquoi les travailleurs récalcitrants, ceux qui aiment l’art humain, sont-ils notre seul espoir face à Bolloré et son élite d’Irresponsables ?
Je sais que cette comparaison peut choquer, mais voici pourquoi elle s’impose. C’est la leçon dérangeante de l’historien Johann Chapoutot sur l’élite Irresponsable. Avec une IA si puissante, on peut penser que le pire, l’effondrement de notre démocratie, n’est pas certain. Mais on peut penser, comme Chapoutot, que l’inverse n’est pas à exclure.
Dans son essai “Les Irresponsables”, Chapoutot argumente la thèse suivante : ce ne sont pas les masses ou la fatalité qui ont porté Hitler au pouvoir le 30 janvier 1933, mais un conciliabule de l’extrême centre — libéraux autoritaires, conservateurs, militaires, grands propriétaires agrariens, industriels et banquiers — qui ont délibérément choisi de l’instrumentaliser. Des figures comme Franz von Papen et les signataires de la pétition patronale du 19 novembre 1932 croyaient pouvoir tenir Hitler en laisse tout en l’utilisant pour bloquer les revendications sociales de la gauche. Ce faisant, ces élites dites “raisonnables” ont sciemment sacrifié la démocratie de Weimar sur l’autel de leurs intérêts privés et de leur peur du socialisme. La leçon dérangeante : Hitler n’a pas conquis le pouvoir — on le lui a remis, dans un bureau, par calcul de classe.
Quant au petit Breton, il a lu Dieu dans le miroir, et depuis lors, il punit les impies — c’est-à-dire les écrivains qui écrivent encore.
Catastrophe à venir
À l’âge de l’IA, l’effondrement des démocraties est la catastrophe annoncée par Virilio. Le viol des lois par notre élite la plus extrême, celle de droite, consiste en une prédation de masse: celle de la valeur intellectuelle. Elle frappe d’abord, sans remords ni valeur morale, la création la plus fragile. Chacun peut observer cette violence techno-politique en action chez Hachette-Grasset où l’on vire l’éditeur et les écrivains qui ne pensent pas comme le chef. Ou bien au festival de Cannes où Canal+ si bolloréen de Maxime Saada élimine avec un plaisir sadique les petits cinéastes qui osent le critiquer. L’apocalypse de nos nouveaux Dieux tout puissants (photo) est devant nous, mais peu cherchent à comprendre les mécanismes de cette violence d’élite. Je crains les élites de droite comme de gauche, car la seconde censure aussi, à sa façon plus institutionnelle; mais elle m’inquiète moins que la première, car ses moyens technologiques ne sont pas les mêmes.
Plus cette violence de l’élite droitière se produit à ce rythme extravagant, plus sa course à l’Intelligence Artificielle engloutit de trillions, plus notre ressource humaine la plus précieuse, l’intelligence s’évapore. Cherchez l’erreur… Mais il y a pire encore, ce viol de masse s’opère avec notre consentement…
Qui ose exprimer que le premier crime de cette course à l’abîme, celle de ces hommes si forts qui vont jusqu’au salut nazi, est de prendre tout le pouvoir. Qu’il est de réaliser une prédation quasi totale de notre propriété intellectuelle la plus intime ?
En somme, nous avons dépensé 14 trillions pour remplacer la pensée humaine — et nous avons cliqué ‘J’accepte’ sans lire les conditions générales. Comme d’habitude.
Rien ne se passe jamais comme prévu par les puissants
Cet espoir peut vous sembler un peu fou mais il existe, car avec la technologie, rien ne se passe jamais comme prévu. Quand on change l’échelle du langage, comme aujourd’hui avec ce langage artificiel à 14 trillions, on change de paradigme, on change de monde. Les lois et les règles économiques du monde d’avant volent en éclat. Elles pourraient même exploser à la figure des puissants…
Ce nouveau techno-capitalisme, qui séduit tant nos grands hommes à l’ego démesuré, voudrait virer tous les humains avec l’IA. Mais j’observe avec optimisme que les plus jeunes se rebellent contre autant d’arrogance. Un retour de bâton contre l’effondrement démocratique est possible.
J’ai l’espoir et l’envie de batailler avec une plume trempée dans l’art de la comédie de Beaumarchais. Car sans la liberté de blâmer…
J’espère que l’air du temps va passer à la rébellion contre la bêtise la plus crasse, qui pourrait même devenir auto-destructrice.
Serais-je devenu fou ?
Je vois qu’aux USA, la jeune génération Z se révolte contre ces grands seigneurs de la tech qui ne rêvent que de supprimer la création humaine👇. Le critique musical américain Ted Gioia, l'une des voix les plus suivies sur Substack, le documente mieux que quiconque :
Et la Gen Z résistait aux Irresponsables ?
Il faut d’abord cesser de vénérer l’élite Irresponsable d’extrême droite, celle des géants de l’IA et de leurs affidés mentionnés plus haut. Ce qui ne veut pas dire que l’artiste doit s’interdire d’utiliser la technologie, je ne suis pas technophobe. Le lecteur attentif aura compris que je me méfie aussi de l’élite de gauche, qui n’a que le mot censure à la bouche, et qui élimine l’art naissant par son pouvoir institutionnel. Elle se pense supérieure, et ne manque pas d’arrogance. Sa posture critique institutionnelle, celle des médias puissants (Canal+, Le Monde,…) ou celle de Cannes, a toujours eu un pouvoir de vie ou de mort sur les artistes en devenir.
À gauche, l’élite vous explique que votre art n’est pas encore assez conscient. À droite, les puissants d’en haut affirment qu’il n’est plus rentable. Entre les deux, votre œuvre attend, et vous crevez de faim.
Pour résister, je veux croire en la force créative d’une jeunesse. Car s’il est une chose que les artistes de tout temps nous apprennent, ceux qui pensent et créent du nouveau comme Virilio, c’est que toute technologie est porteuse de sa catastrophe. Nous sommes, qu’on le veuille ou non, à l’âge de la catastrophe, mais nous avons les moyens de résister, à condition de nous moquer des puissants.
Une devise pour résister, l’art de rire des puissants
“Castigat Ridendo Mores: la comédie châtie les moeurs en riant ! C’est une grande atteinte aux vices que de les exposer à la risée de tout le monde ” Molière sur la devise de la comédia d’ell arte.
J’aime l’histoire longue de l’art, car on voit qu’une force subversive, celle induite par la technologie langagière de Gutenberg, a fini par avoir raison des plus grands pouvoirs, ceux de la Royauté et ceux de l’Eglise. Ce n’est pas rien, et cela me donne de l’espoir.
Car Rabelais, Montaigne, Molière, La Fontaine et Beaumarchais, ont eu le courage de risquer leurs vies en critiquant les puissants de leurs époques. Voilà ce qui ne cessera jamais d’exister.
La vraie révolution n’est pas technologique. Elle ne l’a jamais été. La vraie révolution, depuis Gutenberg jusqu’à aujourd’hui, a toujours été celle de l’art et de sa transmission — la capacité d’un être humain à augmenter les capacités d’un autre, à faire circuler non pas des données, mais de la pensée vivante, critique, singulière.
Ce que l’IA peut tuer, ce n’est pas notre productivité. C’est notre capacité à penser librement, sans surveillance…. À douter. À créer. À transmettre quelque chose qui mérite d’être transmis et qui est plein d’émotion.
La bataille de cette lettre sera d’explorer, avec cette devise si nécessaire de Molière, ces questions difficiles. Et de le faire avec l’ironie nécessaire pour survivre à nos cavaliers de l’apocalypse, les Macron, les Bolloré, les Arnaud, ceux qui se prennent pour Dieu.
Encore faut-il ne pas licencier les artistes avant d’avoir compris ça. Ces messieurs ont inventé une intelligence sans mémoire pour remplacer des humains avec trop de mémoire. On verra lequel des deux s’en souviendra.
David Jamet — L’art supérieur à l’IA - david@livre-contre-ia.fr
Cette estimation de 14 trillions, issue de ma recherche, représente le capital risque cumulé (internet + IA) investi depuis les années 2000. Il faut regarder sa vitesse de croissance — qui s’approche d’un trillion par an. C’est le fait le mieux sourcé, notamment par Goldman Sachs et Euronews. Ce rythme est bien documenté, avec une montée en puissance très nette :
~400 milliards de CapEx IA dépensés en 2025 par les géants de la tech
~700–765 milliards prévus pour 2026, soit une hausse de 75% en un an
1,6 trillion par an projetés par Goldman Sachs pour 2031




Antonio Gramsci, ideologue et philosophe marxiste Italien d'entre deux guerres ecrivait il y a juste 100 ans : “Le vieux monde se meurt. Le nouveau tarde à apparaître. Et dans ce clair-obscur surgissent les monstres.”. Quelle Clairvoyance tellement actuelle.
Il disait aussi
Point n'est besoin de conquerir le pouvoir... Seulement d'asservir la culture et dans le prêt a penser qui en resultera eduquer les masses et laisser le Temps vous offrir le pouvoir sur un plateau en reconnaissance de la représentativité que vous incarnez comme figure tutelaire de la nouvelle pensee unique que vous aurez patiemment semée, cultivée, et diffusée... Alors votre pensée aussi monstrueuse qu'elle soit, sera devenue la norme. Et son instigateur, l'homme nouveau providentiel. Bolloré a parfaitement lu Gramsci... Et en applique la tactique de maniere compulsive... Au point de rendre le futur proche presque previsible... Sauf improbable sursaut d'anticorps sociaux... Que je ne vois pas encore assez puissants pour faire mentir Gramsci... O Tempora, O mores...!!!
Antonio Gramsci, ideologue et philosophe marxiste Italien d'entre deux guerres ecrivait il y a juste 100 ans : “Le vieux monde se meurt. Le nouveau tarde à apparaître. Et dans ce clair-obscur surgissent les monstres.”. Quelle Clairvoyance tellement actuelle.
Il disait aussi
Point n'est besoin de conquerir le pouvoir... Seulement d'asservir la culture et dans le prêt a penser qui en resultera eduquer les masses et laisser le Temps vous offrir le pouvoir sur un plateau en reconnaissance de la représentativité que vous incarnez comme figure tutelaire de la nouvelle pensee unique que vous aurez patiemment semée, cultivée, et diffusée... Alors votre pensée aussi monstrueuse qu'elle soit, sera devenue la norme. Et son instigateur, l'homme nouveau providentiel. Bolloré a parfaitement lu Gramsci... Et en applique la tactique de maniere compulsice... Au point de rendre le futur proche presque previsible... Sauf improbable sursaut d'anticorps sociaux... Que je ne vois pas encore assez puissants pour faire mentir Gramsci... O Tempora, O mores...!!!