À qui appartiendra la Valeur Intellectuelle ? (1/3)
Plus l'élite forcera la robotisation des emplois humains dans l'arsenal des data centers IA à 14 trillions, plus elle nourrira l'insurrection. L'enjeu ? La Valeur Intellectuelle de demain.
Qui dira NON aux IA data-center à 14 trillions ?
Je tente de répondre en plusieurs lettres à cette vaste question. J’observe que depuis 2016-2017 (Trump 1 et Macron 1), nos élites économiques et politiques, qu’elles soient d’extrême centre ou d’extrême droite, s’engagent dans une course militaire délirante vers les IA data-center, symboles de la robotisation à outrance. Ils ont déjà couté un cumul d’environ 14 trillions depuis le début d’internet, et ils accélèrent au rythme de centaines de millier de milliards chaque année1. Presque tout le capital risque y passe pour construire les IA-supertankers les plus polluants de demain. Rendez-vous compte: cet arsenal délirant représenterait sept fois le budget de la bombe d’Hiroshima (2 trillions environ). Une nouvelle économie destructive, qui marche sur la tête, est née. Il me semble que nos élites politique nous mentent sur cette question, alors je tente d’éclairer le débat présidentiel qui vient.
Le double langage de deux élites extrêmes
Pour augmenter le profit, j’argumente qu’une élite toujours plus arrogante est, sans l’avouer publiquement, en réalité obsédée par l’automatisation de l’essentiel des jobs. Cette job apocalypse, promise publiquement depuis 2022 par les oligarques de la Silicon Valley (Altman, Amodei,…), est d’abord une course folle à l’armement.
Alors qu’une élection approche en France, j’anticipe que nos nombreux candidats de l’extrême centre, y compris le locataire arrogant de l’Élysée, serviront de marchepied à l’unique candidate d’extrême droite. Même si, avec et malgré le récent pourvoi en cassation de la Walkyrie blonde qui réclame nos bulletins de vote, chaque électeur, s’il sait lire, a compris qu’elle était une délinquante. En se bouchant le nez sur cette corruption qui touche tous les extrêmes, cette clique va, nécessairement et secrètement se soumettre aux oligarques américains et à leurs affidés français (Bolloré, Arnault,…) pour financer sa campagne. Tout en prétendant, la main sur le cœur, que son programme en forme de faux nez serra bien entendu de protéger nos emplois.
Ce grand écart de l’élite prétentieuse des deux extrêmes m’inquiète. Qui ne voit pas qu’elle n’a d’un coté qu’un désir secret - robotiser sans limites par pure cupidité, alors que de l’autre, elle affiche, pour se faire élire, un programme de création d’emploi qu’elle espère fera tout pour faire échouer.
Qu’en pensez-vous ?
Est-ce pour ce programme machinique que nous avons élu en 2017 et 2022 notre prince de l’Élysée d’extrême centre, ce Macron de la start-up nation ? Je souligne le je parce que l’avoue: j’ai voté deux fois pour cet arrogant, de peur de voir une déliquante, aujourd’hui caractérisée, s’emparer du pouvoir. Voulons-nous continuer à ramer dans la soute d’une pyramide géantes pour remplir les poches de ceux qui, au sommet soyeux de la-dite pyramide, rêvent de tous nos remplacer par des robots ? Non, mille fois non ! Alors je décide de résister avec ma seule arme: ma plume.
Si elle voulait se moquer de nous, cette crème de la crème, celle qui compte sur nos voix avec suffisance, ne s’y prendrait pas autrement. On peut prendre certaines personnes pour des cons de temps en temps. Mais on ne peut pas prendre tout le monde pour des cons tout le temps.
Masterclass: à qui appartient la Valeur Intellectuelle ?
Cette série sur l’avenir de la Valeur Intellectuelle est un galop d’essai. J’écris un roman satirique qui traitera en environ 200 pages de cette question essentielle de l’humanité. Il s’agit d’une fiction techno-politique où la toile de fond sera l’art du cinéma. J’argumente qu’avec son industrialisation - avec sa robotisation, ce qui était un art s’effondre en ce moment avec l’IA à la con. L’art cinématographique est le canari dans la mine qui signale l’implosion de cet art; plus précisément, l’IA à la con, celle voulue par l’élite, provoque l’effondrement inéluctable de la plupart des industries culturelles.
Mais il y a un espoir: la plume est le vecteur d’intelligence le plus sous-estimé de l’humanité. Rien ne lui résiste.
Je me penche sur une question que je prends très au sérieux, et qui devrait intéresser toute Masterclass où l’on déconstruit le processus créatif d’un individu singulier. À qui appartiendra, demain, la Valeur Intellectuelle d’un artiste, celle de la plume des scénaristes par exemple ? Quelles sont les nouvelles clés de la transcendance de leur processus créatif et de leur Valeur Intellectuelle ?
Les trois héroïnes franco-américaines de mon roman en cours d’écriture sont forcées de réinventer la Valeur Intellectuelle pour ne pas voir leur père mourir. Ce dernier est un grand scénariste. L’évènement déclencheur est un coup d’état du président Tromp-la-Mort réalisé grâce au Kill Switch de l’IA à 14 trillions. Mes héroïnes tentent d’y résister avec leur plume.
J’argumente avec un fond scientifique, que l’élite à la con est frappée par une étrange maladie, une Stupidité auto-destructive avec un S majuscule. Cette bêtise crasse se répand dans l’élite. Avec l’essor d’internet et de l’IA, elle n’écrit plus du tout. Or c’est la meilleure façon de faire progresser son intellect; sinon, il régresse. D’une part, son niveau s’effondre et l’attractivité de ses films avec; d’autre part, avec internet et le mimétisme des réseaux sociaux, cette élite à la con se reproduit comme des lapins. Cela pourrait mal finir. Un mouvement de résistance aux projets d’automatisation absurdes, qui visent à la fin du travail humain, prend son essor.
Voici le fond scientifique: le pouvoir cognitif procuré par la plume - celui de l’écriture manuscrite, est grossièrement sous-estimé. La plume est le vecteur d’intelligence indépassable de l’humanité depuis 5000 ans. Et voici la conséquence future, inattendue: la robotisation des gens de plume force la réinvention radicale de leur Valeur Intellectuelle. Question de survie.
L’étrange maladie de l’élite à la con …
Cette semaine, j’écoute notre trio d’élite — Macron, Bolloré et Arnault, chanter à Vivatech et à Versailles la gloire de la tech et des oligarques américains. Sans qu’ils l’avouent, leur soumission au business plan du néo-capitalisme est patente. Je me demande:
Se prennent-ils pour Dieu ? Existe-t-il une limite supérieure à leur arrogance ?
À tout seigneur tout honneur, j’écoute le président de notre start-up nation, Macron. On sait qu’il se prend depuis 2017 pour le maître de l’univers, qu’il s’estime être au-dessus des lois, puisqu’il viole celles qui protègent notre vie privée. Son mépris des gens est si élevé qu’il dit lui-même qu’il suffit de traverser la rue pour trouver un emploi; alors qu’avec l’IA à Vivatech, il envisage secrètement de supprimer le plus de jobs possible pour faire baisser les salaires.
L’avons-nous élu pour cela ? Non ! Il me donne envie de lui planter ma petite plume en plein figure. Un verre de champagne à la main, ce nouveau Néron fraye avec tous les empereurs américains qui se moquent des lois. Nous sommes bons à être surveillés, c’est tout; pour eux, nous sommes un stock de données, pas un peuple.
En effet, les lois sont faites pour les crétins du petit peuple qui travaillent et qui les regardent pavaner à Versailles et Vivatech: l’IA surveille à tout instant et viole sans vergogne les règles de la propriété intellectuelle. Cette technologie addictive vole 100% de notre valeur intellectuelle. Et avec notre consentement d’imbéciles, en plus.
J’écoute ensuite le PDG de LVMH-Les Échos, Bernard Arnault. Je constate que la taille de son orgueil, en tout point comparable à celle de sa richesse, dépasse celle de la Tour Eiffel. Son groupe habille les corps, son IA déshabille les esprits.
Puis vient le tour du dirigeant d’Accenture. Or ce manager visionnaire nous fournit le cas d’école de l’auto-sabordage d’un dirigeant frappé par une étrange maladie de l’âge de l’IA, la Connerie Universelle. Une forme de démence managériale scalable. En effet, en septembre dernier, avec une première déclaration boursière fracassante, ce dirigeant sans imagination - excusez ce pléonasme, promet la “transfiguration d’Accenture par l’IA”. Il se trouve qu’il récolte cette semaine une violente gifle boursière, preuve de sa Connerie devient aussi Escaladante. Quand la Bourse commence à sanctionner la messe de l’IA, ce n’est pas le marché qui devient lucide, c’est le délire qui devient trop cher.
Cette catastrophe boursière est la preuve éclatante que les produits d’emmerdification artificielle, de bouillie technologique, de degré zéro de la créativité, que Bolloré, Arnaud, Accenture et les autres grands dirigeants nous préparent, ne se monétise pas éternellement. Mais il y a plus ironique encore, si c’était possible. Quand je pense que nos élites visionnaires se félicitent d’avoir atteint la somme abyssale de 14 trillions d’investissement sur l’IA, je me demande en lisant ce nouveau sondage s’ils ne sont pas atteints d’une maladie étrange: la stupidité assistée par algorithme. En effet, selon ce sondage de WordPress VIP, Future of the Web 2026:
Sondage: plus de 60% de gens rejettent les marques qui utilisent l’IA.
Et ce rejet s’intensifie: l’IA est un repoussoir, en aucun cas un atout. Leur rejet est de plus en plus violent parce que l’IA remplace leurs jobs. Les fourches se lèvent.
Dit autrement, nos élites magnificentes ne devraient pas prendre les gens pour des crétins trop longtemps. On peut prendre les gens pour des cons de temps en temps. Mais on ne peut pas prendre tous les gens pour des imbéciles en permanence. Le mouvement de résistance s’amplifie, je ne suis pas seul.
Les faits, version tragico-burlesque
En septembre, Accenture fanfaronne : 3 milliards misés sur l’IA, promesse de « massive transformation », slides PowerPoint pleins de néons et d’yeux de cyborgs, le tout vendu comme la nouvelle Renaissance numérique. Quelques trimestres plus tard, on voit plus haut👆 que le marché répond avec la délicatesse d’une exaspération conjugalement mûrie : action en chute d’environ 18% dans la journée, près de 23% sur la semaine, plus de 50% sous le plus haut sur 52 semaines, après un « quarter » jugé décevant.
Là où l’entreprise annonçait l’IA comme un exosquelette magique pour son business, on découvre surtout un bel exosquelette… vide, qui plombe la marche au lieu de l’alléger.
L’élite à la con en pleine action
Première couche de bêtise la plus crasse : confondre marketing et réalité. Accenture a proclamé que l’IA allait transformer son business, alors que la réalité empirique – études MIT, McKinsey, Bain, etc. – montre que les gains de la génération actuelle de GenAI restent modestes et très loin des promesses d’hyper-productivité. On fait semblant d’ignorer que la plupart des gains sont bouffés par la dette technique, la complexité, et les coûts d’intégration.
Deuxième couche : croire qu’en déployant massivement l’IA, on devient automatiquement le gagnant, alors qu’il est tout à fait possible que la concurrence – y compris des solutions IA qui désintermédient les consultants – soit en train de rogner directement le cœur du modèle Accenture. Résultat : l’IA, censée sauver la maison, devient l’outil qui révèle que le château était déjà en carton.
La grande farce du « RoI IA »
Accenture n’est pas une anomalie, mais une preuve de tendance lourde: le retour sur investissement de l’IA ne tient pas les promesses des présentations de consultants. Le « tokenmaxxing » – cette obsession de brûler des milliards de tokens comme on brûlait jadis des cierges – commence à mourir, car les grands clients constatent que les miracles annoncés ne se matérialisent pas. Sauf qu’ici, le miracle n’est pas au ciel, il est dans les slides PowerPoint. Et il n’arrive jamais.
La question soulevée, en creux, est alors limpide : que se passe-t-il quand des entreprises phares réorganisent leur stratégie autour d’une religion technologique qui ne tient aucun de ses miracles promis ? Ils ont la liturgie (keynotes), les prêtres (consultants), les reliques (datacenters), il leur manque juste un détail : les miracles.
On obtient exactement ce dont le calife d’Accenture fait preuve : une connerie autodestructive, où l’on s’auto-hypnotise avec des slogans sur l’IA jusqu’à se prendre de plein fouet la réalité économique.
Si je n’aimais pas tant l’écriture, je m’amuserais à imaginer les pitchs actuels d’Accenture à ses grands clients - peut-être Bolloré lui-même, sur « comment l’IA va sauver votre entreprise » alors qu’elle vient de torpiller la sienne ?
Résister: désarmer l’IA
Le monde marche sur la tête. Je ne suis pas technophobe, loin de là, mais on voit que nos élites nous forcent à déléguer notre capacité la plus vitale, l’écriture, à la machine, ce qui nous rend scientifiquement plus bête. Nous allons voir pourquoi.
Je ne suis pas croyant, mais je me surprends à lire le Pape. Il refonde une force morale avec son encyclique Magnifica humanitas, il appelle à résister à l’IA avec la force de l’esprit. C’est à dire avec la force d’une pensée singulière, celle de l’écriture humaine.
Quel paradoxe. Moi qui mangeait du curé au petit déjeuner dans ma jeunesse, le Pape devient la seule “élite” que je respecte. Lui, au moins, a su réfléchir à l’essentiel —quelles valeurs pour naviguer demain, alors que nos politiques et nos dirigeants économiques, eux, piétinent toute valeur morale. Moi qui ai travaillé dans la technologie toute ma vie, je n’aurais jamais parié qu’un jour, entre un Pape et un PDG de la tech, c’est le Pape qui, à mes yeux, porterait le flambeau en levant sa fourche divine. Et pourtant.
Le Souverain pontife souligne que cette technologie d’élite ne sert qu’à s’enrichir l’élite, qu’elle veut gouverner l’humain au lieu de le servir. Il nous invite à « désarmer l’IA », c’est‑à‑dire à nous soustraire aux logiques de domination, de profit et de guerre qui menacent la dignité et la liberté de la personne.
Je vous propose un espoir de résistance, une antidote gratuite bien plus puissante que l’IA, et accessible à tous. Elle permet même de se moquer de la Connerie Universelle de l’élite. Puisqu’elle veut gouverner nos cerveaux, il est temps de lui rappeller que nous en avons un.
La plume, vecteur d’intelligence indépassable, à jamais supérieure à l’IA
La plume d’Audrey van der Meer dans ma tête
Je me souviens de mon premier choc la première fois que j’ai compris l’importance du protocole de la chercheuse norvégienne Audrey van der Meer dont vous trouverez les références ici et en note ici2. Cette neuro-scientifique étudie depuis vingt ans les pouvoirs ancestraux de l’écriture manuscrite.
Voici son protocole:
Trente‑six étudiants, des cobayes consentants, affublés de bonnets hérissés de 256 capteurs, comme des arbres de Noël neurologiques. On les assied devant des mots, on leur demande de les écrire à la main, puis de les taper sur un clavier. Et là, le cerveau livre ses secrets. Pendant que les PDG se coiffent de couronnes de lauriers numériques, ces étudiants, eux, se coiffent de capteurs pour prouver une chose simple : un stylo fait infiniment plus pour le cerveau que des milliards brulés dans IA.
Quand les étudiants écrivent à la main, tout s’illumine. Des vagues de signaux entre 3,5 et 12,5 hertz – theta, alpha – qui traversent les régions liées à la mémoire, à l’attention, au traitement sensoriel. Le cortex se met à discuter avec lui‑même comme dans un dîner de famille trop animé. Quand ils tapent au clavier, le même cerveau devient soudain minimaliste, silencieux, presque fainéant.
Je lis ça, et je ne peux pas m’empêcher d’y mettre mon corps. J’imagine ma main qui cherche la lettre, qui trace, qui corrige, qui hésite. Ce micro‑balancement du poignet devient une chorégraphie intérieure : vision, mouvement, mémoire, langage, tout le monde sur scène en même temps. Quand je tape, au contraire, mes doigts appuient sur des touches interchangeables. Mon cerveau sait que chaque lettre est un geste identique, sans relief. Il ne s’étonne plus, il n’explore plus. Il exécute.
Van der Meer le dit presque avec naïveté : écrire à la main, c’est ce qui « challenge » le cerveau, le force à construire des connexions plus riches, plus denses. Traduction émotionnelle : chaque mot manuscrit est un petit acte de présence. Chaque lettre dessinée est une preuve que je suis là, dans mon corps, dans ma phrase. Quand je laisse la machine écrire pour moi, je sens – physiquement – quelque chose qui se coupe. Une lumière qui baisse d’un cran.
Princeton : le jour où 327 étudiants m’ont servi de miroir
Et puis il y a les autre Études de Princeton (synchronisation des cerveaux par les récits3); plus anciennes, elles sont presques banales dans leur cruauté : 327 étudiants, trois expériences, un professeur qui parle, des notes à prendre. La moitié avec un ordinateur portable, l’autre moitié avec un stylo et un cahier. Pas de réseaux sociaux pour tricher, les laptops sont verrouillés, zéro distraction externe. La seule variable, c’est le geste d’écrire.
Résultat : ceux qui tapent vont plus vite, écrivent plus, comme des machines à dictée. Le flux de mots est impressionnant, mais c’est un enregistrement, pas une digestion. Le cerveau transcrit au lieu de penser. Quand on les interroge sur le fond, sur la compréhension des idées, sur la capacité à appliquer ce qu’ils ont entendu, les « scribes du clavier » s’effondrent là où les preneurs de notes manuscrites tiennent bon.
Ce qui me hante, ce n’est pas seulement le score au test. C’est le mécanisme caché derrière. Écrire à la main oblige à sélectionner, reformuler, compresser. Le cerveau n’a pas la vitesse nécessaire pour tout copier, alors il négocie : « Qu’est‑ce qui est important ? Comment je le dis avec mes mots ? ». Ce tri violent est précisément ce qui transforme une information étrangère en pensée intime. À l’inverse, le clavier permet le verbatim, la copie carbone. On croit qu’on a tout gardé, mais on n’a rien fait passer par le feu intérieur.
Le détail le plus terrifiant, pour moi, c’est qu’on a même essayé de “prévenir” les étudiants au clavier : ne copiez pas mot à mot, reformulez. Ils n’y arrivent pas. Le dispositif lui‑même les pousse à la transcription mécanique. Comme si l’outil dictait déjà la manière de penser, indépendamment de la bonne volonté. Comme si, à partir du moment où mes doigts courent plus vite que ma conscience, je me condamne à penser en pilote automatique.
Ces deux études montrent noir sur blanc ce que je ressens confusément depuis des années.
Quand j’écris à la main, mon cerveau est un arbre chargé de lumières.
Quand je tape, il devient un bureau de saisie de données.
Quand je laisse l’IA écrire pour moi, je ne suis même plus au bureau : je suis le stagiaire non payé qui signe la feuille de présence, et qu’on va bientôt virer.
L’écriture, vecteur indépassable d’augmentation de notre Valeur Intellectuelle.
Je sais que cela semble surprenant tellement cela est basique, fondamental même, mais la science cognitive prouve aujourd’hui qu’on ne fera jamais mieux que ce vecteur indépassable de l’écriture manuscrite et du dessin pour développer notre intelligence de façon supérieure; cela est le cas depuis 5000 ans. À tel point qu’en Norvège, le pays de Van der Meer, ils ont remplacé toutes les tablettes, interdits tous les smartphones, pour revenir à l’enseignement trop longtemps négligé des pouvoirs de l’écriture, du dessin, et du langage mathématique d’abord maitrisé à la main. C’est fondamental pour développer l’intellect de l’enfant… et de l’adulte. Sinon, il s’effondre.
Le pouvoir de l’écriture manuscrite est comparable celle du dessin sur papier - l’art cinématographique est écrit, et il engage le corps et l’esprit. L’écriture restera à jamais notre agent d’intelligence supérieur. L’ordinateur et le smartphone ne lui arrivent pas à la cheville. Cette merveille de la cognition est gratuite. On ne fera jamais mieux que la plume et la lecture du livre papier pour développer notre imagination et réinventer la Valeur Intellectuelle de l’usine à rêve (Hollywood), qui aujourd’hui est en feu.
Quand à la robotisation de l’IA, on voit que, si on l’utilise à outrance pour augmenter le profit - sans penser, sans écrire, sans dessiner par nous même, elle fait s’effondrer notre Valeur Intellectuelle et notre esprit critique; c’est à dire notre intellect, ce que nous de plus précieux pour survivre demain dans le torrent de mensonges générés par l’IA.
Que faire de notre élite si arrogante ? Rien ne se passe jamais comme prévu avec les révolutions technologiques de l’écriture…
Envoyons-les au Terminus des prétentieux !
“Alors, il dort le gros con ? Ben, il dormira encore mieux quand il aura pris ça dans la gueule ! Il entendra chanter les anges, le gugusse de Montauban… Je vais le renvoyer tout droit à la maison mère… au Terminus des prétentieux !” Audiard, les Tontons flingueurs
Dans le prochain épisode, j’approfondis la question centrale, celle de la guerre de mille ans qui remonte à l’âge médieval. On explore pourquoi, à l’âge de l’IA, cette guerre ne peut que durer mille ans de plus, et s’exacerber. Rien ne se passe jamais comme prévu avec les révolutions technologiques de l’écriture… Mieux vaut nous préparer à ce monde incertain et brutal en taillant nos crayons et en aiguisant nos fourches…
Si vous pensez encore que la prétention des élites dans l’histoire longue, celles de droite et comme celles de gauche, n’est pas un problème, je vous invite à relire Machiavel. Leur prétention est un invariant historique qui va de Rome (Néron) à l’Empire de l’IA (Trump, Macron,…). Un patron comme Bolloré ou Arnaud n’est jamais aussi dangereux pour ses salariés, et in fine pour lui-même que lorsqu’il est arrogant. Je ne connais pas de limites à sa prétention à capturer plus de richesses, plus de valeur intellectuelle; or avec l’IA à 14 trillions, il a ce pouvoir et s’en gargarise.
Rien ne se passe comme prévu…
Avec notre crayon, avec notre gomme, avec cette technologie ancestrale et gratuite, avec la passion et l’art du scribe, nous pouvons lever nos fourches. Nous pouvons retourner leur arme pour remettre en question le fondement d’un capitalisme qui a perdu la tête. Comme je ne suis pas technophobe, je cherche une façon de réinventer le processus créatif d’un artiste qui fasse levier sur une autre IA. La première étape consiste à défier l’intelligence de nos élites en leur posant cette question lors des prochaines élections:
À qui appartiendra, demain, la Valeur Intellectuelle d’un artiste, celle de la plume des scénaristes par exemple ? Quelles sont les nouvelles clés de la transcendance de leur processus créatif et de leur Valeur Intellectuelle ?
Avec sa plume satirique, Audiard voulait que Les Tontons flingeurs devienne Le Terminus des prétentieux. Avec ma plume, je rêve que leur Connerie Universelle devienne auto-destructrice. Un engrenage absurde…
Avec notre crayon, notre gomme et notre taille-crayon, nous possédons encore une arme que leurs algorithmes ne comprennent pas : le temps de penser.
Qu’ils courent donc vers leur IA à 14 trillions. Nous, on les attendra au Terminus des prétentieux.
Lisez le prochain épisode, où j’explore pourquoi Hollywood brûle, et en quoi la combinaison des révolutions de l’écriture pourrait le sauver…
David Jamet, auteur et chercheur. David@livre-contre-ia.fr
« L’arsenal mondial de data centers pour l’IA absorbe, en cumul, des milliers de milliards de dollars, soit des montants sans commune mesure avec ceux du projet Manhattan, et pourtant l’on discute à peine de leurs effets désastreux sur les étudiants dont les capacités et les résultats chutent de 20% en cas d’utilisation intensive . »
Audrey Van Der Meer. Son étude en EEG haute densité compare dessin/écriture manuscrite et frappe au clavier chez des enfants et des jeunes adultes, montrant que les activités graphiques recrutent un réseau beaucoup plus étendu de régions cérébrales sensori‑motrices et associatives, ce qui favorise la mémorisation et la compréhension conceptuelle par rapport à la simple saisie au clavier.
Sur un échantillon d’élèves de 12 ans et de jeunes adultes, l’équipe de Van der Meer montre, via l’EEG haute densité, que l’écriture cursive déclenche une activation neuronale plus riche et plus synchronisée dans les réseaux impliqués dans l’intégration sensorimotrice et la formation des représentations abstraites, alors que la frappe au clavier produit une activation plus limitée, corrélée à un codage plus superficiel de l’information
L’article s’apelle « The importance of cursive handwriting over typewriting for learning in the classroom »
Référence complète :
E. Ose Askvik, F. R. van der Weel, A. L. H. van der Meer, « The importance of cursive handwriting over typewriting for learning in the classroom: A high-density EEG study of 12-year-old children and young adults », Frontiers in Psychology, 11:550116
En enregistrant par fIRM l’activité cérébrale d’un narrateur et d’auditeurs écoutant son histoire, les auteurs montrent que les patrons d’activation du cerveau de l’auditeur se synchronisent avec ceux du narrateur, et que ce degré de couplage prédit la qualité de la compréhension du récit, suggérant que la narration aligne littéralement la dynamique neuronale entre les individus. Le point essentiel est que les étudiants prenant des notes manuscrites ont un niveau d’attention et de compréhension du professeur et du cours bien supérieur à ceux frappant leurs notes sur un clavier.
G. J. Stephens, L. J. Silbert, U. Hasson, « Speaker–listener neural coupling underlies successful communication », Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America (PNAS), vol. 107, n° 32, 2010, p. 14425–14430.





