L'art de Kubrick contre le crime de masse de l'IA
Ce que Dr Folamour (Kubrick) nous apprend sur le système destructeur de l'IA, et comment résister à cette bombe. En quoi le principe créatif de Kubrick est le seul qui puisse sauver le cinéma ?
“Au commencement des temps, les mots et la magie étaient une seule et même chose.” Sigmund Freud
Netflix veut dévorer Warner et bientôt Hollywood… Le cinéma veut-il sauver sa peau alors que l’IA et la Silicon Valley achèvent l’ex industrie du rêve ? Plus j’étudie l’effondrement créatif du cinéma depuis Internet et l’IA, plus je pense que les cinéastes devraient s’intéresser à ce mystère: quel est le principe créatif qui a conduit Kubrick à réaliser 13 chefs-d’œuvre ? Voici mon hypothèse explorée aujourd’hui en remontant, comme le suggère Freud, à l’origine commune des mots, de la magie et du rêve:
Et si ce principe créatif de Kubrick avait conduit les artistes, ceux qui construisent des “récits magiques” depuis l’origine de la vie (cf Freud), à développer une valeur intellectuelle transcendantale, éternelle ?
Si le cinéma veut sauver sa peau, si des cinéastes courageux veulent réinventer leur valeur intellectuelle pour la garder (enfin!), quel autre choix ont-ils ? Mais d’abord, laissez moi vous expliquer comment la Silicon Valley engendre un système plus destructeur encore que celui de la bombe de “Dr Folamour” ?
Musk Folamour, prince des crimes de masse, tue le cinéma
“Mein Fuhrer, je marche !” Dr Folamour (Peter Sellers)
Quel est ce futur dystopique que nous préparent les chefs de l’IA, Trump, Musk, et leur gang de sociopathes (Zuckerberg, Bezos,…) ?
Comme Dr Folamour, Musk multiplie les saluts nazis pour glorifier son IA. Voici pourquoi il est en bon chemin pour dépasser, en nombre de victimes, les crimes du troisième reich. Cette fois et pour de bon, ils ont décidé de faire passer le pire crime selon moi, celui contre l’intelligence créative des enfants, à l’échelle. Ils condamnent des centaines de millions de personnes fragiles à l’ignorance et à la servitude:
“Confier l’expression de soi à un robot est le dernier degré de la servitude volontaire” Gaspar Koenig, auteur et philosophe
Appelons un chat un chat: Musk et Zuckerberg (Meta) donnent gratuitement la drogue technologique la plus dure qui existe - l’IA, à tous nos enfants. La science et la philosophie montrent que cette technologie est fatale, au sens qu’elle s’impose à nous, et qu’elle détruit nos capacités cérébrales à vive allure au lieu de les augmenter. Si l’IA est ce langage de mort utilisé à tout instant, si nous n’écrivons plus le récit de nos vies, si nous ne pensons plus par nous-mêmes, ce système va engendrer un nouveau crime de masse: contre les capacités vitales de l’enfant cette fois.
Nos chefs, pris de folie furieuse, dépensent 400 milliards par an pour développer ce système destructeur, alors qu’on sait cette technologie de language (LLM) hallucine structurellement. Dit autrement, ce nouveau système capitaliste d’asservissement des esprits les plus fragiles sera de plus en plus instable, toujours plus chaotique. L’IA va faire tourner tourner l’économie et les entreprises avec un second crime de masse, cette fois contre les salariés et la culture. Nos dirigeants les plus optimistes - les plus fous et les plus cupides en réalité, prévoient de remplacer la moitié de leurs salariés par de l’IA.
Mais que se passe-t-il si cette technologie n’est, dans les faits, créative de rien, et que les patrons d’une industrie culturelle l’adoptent comme des moutons imbéciles et aveuglés ? C’est simple: ils s’auto-détruisent, ils foncent dans le mur.
En voulant tuer tous les créateurs avec toujours plus d’IA, les dirigeants d’Hollywood s’auto-détruisent avec ardeur.
Lisez-ici mon analyse sur les causes profondes de la catastrophe du cinéma.
En quoi est-ce une opportunité pour les cinéastes courageux qui veulent sauver leur peau en résistant à ce techno-fascisme ?
L’art de Kubrick plus fort que l’IA: trouver la faille des puissants
Dr Folamour est un de mes films préférés; j’aime voir ces grands chefs pleins de testostérone s’auto-détruire: leur impuissance, partout suggérée, est hilarante, mais on rit nerveusement. Kubrick ne cesse pas de leur faire faire des yoyos entre d’un côté leur toute-puissance politique et militaire, et de l’autre leur incompétence, leur impuissance manifeste. Ce type de yoyos est le principe même de la comédie noire, et Kubrick l’utilise comme un maestro pour transcender la valeur subversive de son film: il sape le pouvoir avec sa radicalité extrême, il nous fait comprendre sa faille.
Voici ce que je retiens du principe créatif de Kubrick:
Ce principe artistique est resté mystérieux car il est d’une extrême radicalité; on ne l’enseignera jamais dans une école pour une raison simple: il dérange le pouvoir, il le subvertit, il le sape. Kubrick nous montre comment on peut pousser un pouvoir totalitaire à s’auto-détruire, et de la plus brillante des façons: il faut trouver sa faille psychologique (la prétention, la paranoïa, la folie, l’impuissance,…) et sa faille économique (rendre sa seule fortune, le trésor accumulé de sa propriété intellectuelle, obsolète).
Il est temps de percer le secret de la transcendance de l’artiste en remontant à l’origine de l’art…
Percer le mystère de l’art: transcender la valeur
“Transcender: signifie “passer au delà” et “qui excelle dans son genre” ; par extension “transgresser la loi du pouvoir en place” Alain Rey, Dictionnaire
En suivant Alain Rey, on peut dire qu’un artiste qui parvient à réaliser un chef d’oeuvre ira “au delà de sa vie”. Revenons à la trajectoire unique de Kubrick: comment a-t-il construit sa vie, sa vie éternelle, à travers son oeuvre ? Il faut prendre conscience ici qu’il a réussi à transcender 13 fois sa valeur créative à travers ses 13 films qui sont autant de chefs-d’œuvres. Il me semble qu’aucun autre cinéaste n’est parvenu à atteindre ce niveau artistique.
Sa valeur créative lui survivra par l’influence qu’il aura sur les générations suivantes. J’ai vu et revu les 13 merveilles de Kubrick et je peux en témoigner: il excelle dans tous les genres en les hybridant. Dans Dr Folamour, il parvient à transcender la valeur d’un film sur la guerre nucléaire - un film du genre “action”, en l’hybridant avec un genre totalement inattendu ici: la comédie noire. La force du message de “Dr Folamour”, qu’il a transformé en comédie apocalyptique, est démultipliée aux yeux des spectateurs. Chapeau l’artiste !
Pourquoi ce principe créatif remonte-t-il à l’origine de nos rêves ?
La science de l’évolution, celle de Darwin, nous dit que cela fait 6 millions d’années que notre cerveau de Sapiens produit des rêves. Ce trait génétique existentiel du rêve est une force à la fois vitale et féconde: elle ne cesse pas de faire faire progresser nos récits par un effet retour (effet miroir, voir plus bas). Elle est à l’origine de l’espèce et construit nos vies.
La force de rêver la nuit et celle de construire des récits de plus en plus riches le jour sont intimement liées, elle forment un cycle créatif vertueux. C’est dans ce cycle de renforcement puissant, avec ce principe créatif existentiel, que notre intelligence progresse. Ce premier trait génétique de survie, celui du langage et des récits, nous le transmettons à nos enfants depuis 200 000 générations. Sans progresser dans l’écriture ou le dessin, on a vu que l’avenir est de l’enfant est condamné par le crime de l’IA.
L’artisanat et l’art sont nos capacités les plus existentielles, les plus vitales: elles construisent nos vies. Depuis la nuit des temps, la valeur de nos rêves et de nos récits a progressé de façon radicale par rapport au reste du monde animal.
Ce principe est doté d’une force diabolique: il nous permet de générer des rêves, des récits, des péripéties cinématographiques qui défilent devant nos yeux hallucinés; et ce sont ces mêmes rêves qui font progresser nos récits en retour le jour.
Réalisez le rêve de Balzac ! Question de survie…
“La pensée imprimée procède de lui, là tout est de lui. C’est une valeur anthropomorphe, car un auteur y met sa vie et son âme et ses nuits. […] la valeur intellectuelle doit rester là où elle est née ! Balzac
Il s’agit d’une question de survie face à l’IA qui écrase tout. Le véritable courage des cinéastes qui veulent échapper à la catastrophe de l’IA est de passer à l’action: ce pouvoir de transcender la valeur des films en repensant la force de leurs récits sera toujours supérieur à l’IA. Il est temps que les cinéastes s’emparent (enfin!) de leur destin, celui de LEUR valeur intellectuelle : à eux de réaliser le rêve de Balzac !
David Jamet - livre-contre-ia.fr




