Qui ne rêve pas de faire s'effondrer les géants de l'IA pour une bonne raison, pour une fois ?
L'IA nous rend stupides en violant notre valeur intellectuelle. À l'inverse, un rêve secret de Balzac peut transcender la dite valeur. Attendez de voir lequel des deux finira par gagner...

« Je rêve du jour où la valeur intellectuelle de nos récits, avec de nouvelles exigences, sera notre force féconde, intime, irrésistible (…) Il faudra pour cela qu’elle reste, enfin, là où elle est née ! » Honoré de Balzac.
Mon rêve: jouer à la baisse les géants en développant notre valeur
Ce que je retiens de Marx, c’est qu’il a montré que l’aliénation physique croissante de l’individu au 19e siècle reposait sur la “Cage de fer” du capitalisme. Or la richesse des géants de l’IA, leur business modèle, repose aujourd’hui notre aliénation intellectuelle; ils la poussent à son paroxysme: l’algorithme est fatal - il s’exécute, viole notre valeur intellectuelle et nous crétinise à vitesse grand V. Avec cette “connerie de masse”, les géants font de nous ce qu’ils veulent. Comment s’étonner de cet abrutissement contagieux sur les réseaux ? Quand cette béquille intellectuelle de l’IA nous empêche de penser par nous-même, quand elle remplace nos capacités les plus vitales - la lecture du livre, l’écriture et le dessin de nos pensées, comment s’étonner qu’on s’abrutisse très vite ?
Je fais le pari que face à ce rationalisme exacerbé de l’IA qui cannibalise notre valeur la plus intime, une forme de romantisme radical va ressurgir. Je pressens qu’il remettra au cœur de nos vies des expériences irréductibles : l’amour, l’amitié, la beauté, l’art, la création, la dignité humaine. Quoi de plus vital ? Ce qui m’importe demain, c’est de percer ce mystère de la “foudre” des créateurs. Comment ont-ils su, comme Balzac, trouver la force de transcender leur valeur intellectuelle pour la garder ? Mon pari est que si l’IA ne capture plus 100% notre valeur intellectuelle, si nous nous battons pour la garder, son business modèle s’effondrera.
Si vous voulez rêver à la façon de Balzac mais aussi agir, si vous voulez anticiper les événements futurs, voici 25 pensées qui tente d’éclairer ce qui pourrait se passer. La dernière lettre de Ted Gioia me les a inspirés et je l’en remercie. D’autres auront probablement un point de vue différent, je ne prétends pas que mes propos font autorité. Ces idées décrivent simplement l’espérance et la recherche qui m’animent. Et surtout, lisez jusqu’au bout, pour découvrir ce qui me redonne de l’espoir dans ce monde brutal. Pourquoi devient-il enfin possible de jouer à la baisse les géants de l’IA tout en développant notre valeur intellectuelle la plus intime ?
Ce que la machine ne pourra pas voler
La clé de l’inquantifiable: le cœur contre la feuille Excel
Les choses décisives de la vie (amour, confiance, compassion, amitié, pardon, foi, espérance, charité, création, intégrité, nature, bonté, beauté) ne se laissent pas traduire en code ni en case de tableur. Aucune IA ne pourra les générer.
Le romantisme radical commence par ce refus : ne pas laisser le rationalisme exacerbé transformer ces réalités en “indicateurs de performance (KPI)” du conformisme destructeur, ni en variables d’optimisation pour un algorithme de l’IA qui nous crétinise.
La tendance à l’érosion affective – la désertification des liens
Dans les âges de rationalisme intense, ces expériences sont marginalisées, parfois éradiquées, ce qui explique la difficulté contemporaine à trouver amour, amitié ou confiance dans un univers gouverné par les plateformes.
Le système rationaliste est structurellement incapable de produire ces liens : même le plus gigantesque data center ne sait pas fabriquer la moindre once de tendresse vraie, seulement des simulations addictives.
L’auto‑idôlatrie – la raison qui tourne sur elle‑même
Le rationalisme a bien produit des bénéfices, mais à son stade ultime il devient auto‑référentiel : le système ne vise plus que sa propre expansion, quitte à broyer les individus prisonniers de ses procédures.
Le romantisme radical naît justement quand cette rationalité, devenue autoritaire, impose sa logique de contrôle au‑delà de toute considération humaine — et commence à ressembler à une religion d’ingénieurs sans âme.
La grande folie dévorante: tout en app
Aujourd’hui, cette voracité algorythmique est manifeste : le rationalisme exacerbé veut tout avaler et convertir en application, y compris l’art, l’inspiration, l’intimité et le désir.
Dans ce système, la valeur d’une personne est réduite à son potentiel de monétisation des données, jusqu’à lui proposer de tomber amoureux d’un artefact numérique, ultime raffinement d’un système de l’IA qui rend stupide.
La novlangue du progrès – quand chaque « upgrade » est une régression
On arrive à un stade où le langage lui‑même est perverti : « progrès » ne signifie plus amélioration humaine, mais simple extension du contrôle technologique, si bien que toute mise à jour logicielle ressemble à une dégradation de l’expérience vécue.
« Productivité » désigne surtout la concentration des gains entre quelques technocrates, tandis que « science » devient synonyme de propagande dans un univers saturé de faux (images, vidéos, livres, identités, jusqu’aux réponses truquées aux examens).
Romantisme radical contre système IA totalisant
L’inversion romantique – remettre le système à sa place
Le geste romantique consiste à renverser la table : le système doit servir les humains, et non l’inverse, ce qui implique de lui refuser le droit de coloniser tout le réel et tout le langage.
Le romantisme radical, loin d’être un caprice esthétique, devient un principe politique : réaffirmer des zones non négociables que le système de l’IA qui nous crétinise n’a pas le droit de transformer en flux de données.
Le visage zéro – les prêtres froids du rationalisme
Le nouveau rationalisme a ses figures : financiers cyniques qui réduisent la morale à des équations, tycoons de la tech presque dénués d’affect, parfaits gestionnaires de spreadsheet mais qu’on n’oserait pas laisser seuls avec un enfant ou un mourant.
Ces personnalités « zéro degré » préfigurent l’idéal du système : un sujet lisse, calculant, émotionnellement atrophié, parfaitement compatible avec le conformisme destructeur d’un monde intégralement rationalisé.
Le dieu‑algorithme – l’IA sans pardon
Ce type humain est obsédé par l’IA, dieu fabriqué à son image : hyper‑calculateur, mais incapable de pardon, d’amour, de deuil, ou de vertige sublime.
Même poussée à l’extrême, l’IA ne saura jamais produire une application qui pardonne réellement ou qui souffre d’aimer ; elle n’en fera qu’un simulacre rentable, au service d’une gouvernance qui rend objectivement plus bête.
La mascarade – la simulation comme mode de gouvernement
Toute la puissance de ce système repose sur une duplicité constitutive : il doit mimer les affects qu’il détruit pour continuer à s’étendre, d’où l’explosion de dispositifs pseudo‑relationnels et d’« empathie » synthétique.
Ce degré de simulation est le signe d’un point de rupture : le rationalisme exacerbé ne peut avancer qu’en jouant la comédie du lien, de l’attention, de la beauté, tandis qu’il les dissout en coulisses dans ses métriques absurdes.
La faim d’âme – la dépendance cachée à l’humain
Cette imitation trahit un manque : le système a besoin du supplément humain qu’il s’évertue à éliminer, et son expansion le rend paradoxalement toujours plus dépendant des affects qu’il vampirise.
Chaque progrès spectaculaire de l’IA révèle en creux une faim d’humanisme ; plus la machine se perfectionne, plus la technocratie expose son vide spirituel et sa dépendance à ce qu’elle nomme, non sans mépris, « irrationnel ».
Face au désenchantement programmé, le ré‑enchantement romantique
La cage numérique – l’achèvement du désenchantement
Le basculement généralisé de la vie dans les interfaces et les applications représente le stade ultime du désenchantement : le monde est remodelé comme un ensemble de flux à optimiser.
Le rationalisme exacerbé ne se contente plus d’interpréter le réel, il le reconfigure pour qu’il ne reste rien qui résiste à la capture de données, y compris dans les zones autrefois protégées de l’intime.
L’horreur silencieuse – la claustrophobie du tout‑numérique
Beaucoup ressentent désormais une forme d’effroi et d’étouffement face à cette existence sous cloche d’écran, et développent une faim de magie et de mystère que le système ne sait pas nourrir.
C’est là que le romantisme radical offre une sortie : non pas couper le Wi‑Fi pour aller cueillir des pâquerettes, mais recréer des espaces d’expérience qui échappent au script algorithmique.
L’enchantement retrouvé – la revanche des récits et de l’extase
Le nouveau romantisme cherche à réenchanter d’abord les individus, puis les communautés, par la créativité, le récit, l’expression de soi, l’émotion, l’extase, l’émerveillement esthétique.
Ces pratiques sont précisément celles que le système ne parvient pas à formater comme de simples « contenus » : elles échappent à la standardisation, et donc à la logique du système de l’IA qui rend con.
La pseudo‑religion – le culte rationaliste de la machine
Pour compenser son absence d’âme, la rationalité systématisée emprunte au religieux : dogmes, rituels, liturgie des mises à jour, promesses de salut par la technologie.
Que des dizaines de milliers de personnes traitent déjà l’IA comme une divinité n’a rien d’anecdotique : c’est le symptôme d’un rationalisme qui, après avoir détruit les transcendances anciennes, a fini par diviniser sa propre créature.
L’obsession du contrôle – la science sans boussole
Un rationalisme sans ancrage moral se transforme logiquement en projet de contrôle total, qui ne reconnaît ni limite ni interdit dès lors qu’une chose est techniquement possible.
On retrouve ici la logique de la première révolution industrielle : tant qu’aucun contre‑pouvoir romantique ne s’y oppose, les êtres humains sont traités comme de simples intrants dans une machinerie froide, aujourd’hui pilotée par un conformisme destructeur de la donnée.
L’arme d’une force féconde, celle de Balzac
Le passage de main – l’arme livrée aux puissants
Arrive un moment où même les scientifiques perdent la main, comme ce fut le cas avec la poudre à canon, l’arme nucléaire ou le coronavirus : ils n’ont plus qu’à livrer leurs folies aux pouvoirs politiques dominants.
Si l’IA atteint le niveau de puissance promis par ses promoteurs, elle deviendra inévitablement un nouvel instrument de contrôle pour les pouvoirs en place ; croire qu’elle restera un gentil assistant personnel relève de la naïveté pure.
Le refuge de notre liberté – la petite zone soustraite au système
Le romantisme radical constitue l’exact contraire de cette logique : il défend des espaces, même minuscules, soustraits à la prise totale des machines et de leurs propriétaires.
Il ne s’agit pas d’adorer l’irrationnel, mais d’ériger des sanctuaires de liberté intérieure et collective où l’on refuse de se laisser réduire à un profil, un score ou un indicateur de performance. Il faut retrouver la “force féconde” - celle de Balzac; celle de construire des récits originaux et humains, qui, en retour, construisent nos vies.
Le retour de bâton – la limite organique de tout contrôle
Les phases de contrôle rationalisé et extrême provoquent toujours un retour de bâton, comme l’a montré l’émergence historique du romantisme face à l’industrialisation.
Les revendications de protection des travailleurs, d’interdiction du travail des enfants ou d’abolition de l’esclavage furent déjà des réponses romantiques à un système rationnellement « optimal », mais moralement monstrueux ; une dynamique analogue se prépare.
La contre‑culture – le miroir que le système veut casser
Toute contre‑culture authentique est foncièrement romantique : elle s’oppose à l’empiètement du système dominant et rappelle ce qui ne se laisse pas absorber.
Une société qui n’écoute plus sa contre‑culture, ou qui la réduit à un produit marketing, se prive du seul miroir qui lui renvoie l’image de sa propre folie systémique.
L’atomisation analytique – la vengeance du tout
La culture dominante est construite sur l’analyse, dont le sens premier est la réduction de tout en parties séparées, manipulables et recombinables.
Le romantisme radical revendique au contraire un regard holistique, visionnaire, qui perçoit les liens, les ensembles, les contextes, tout ce qui échappe à la décomposition en variables pour modèle de machine learning (IA).
Une insurrection intime, passionnée, contagieuse
La servitude des moyens – remettre la raison à sa juste place
Le but n’est pas d’abolir le rationalisme, mais de le remettre au rang d’outil subordonné à des fins humaines ; or la tendance actuelle va précisément en sens inverse.
Sans correction romantique, la rationalité devient l’idéologie d’un système qui exige des hommes qu’ils se plient à la logique de la machine, au lieu de plier la machine à leurs besoins de sens et de dignité.
Le romantisme dévoyé – la tentation des extrêmes
Le romantisme lui‑même peut être déformé : au XIXe siècle, après une cinquantaine d’années plutôt fécondes, il s’est parfois enlisé dans les nationalismes exacerbés et d’autres dérives.
L’éloge du romantisme radical vaut donc pour la situation présente, comme correctif salutaire face au système de l’IA qui rend con, non comme panacée toutes époques confondues.
La guérison intérieure – la première sécession
Toute guérison commence par l’individu : même en contexte répressif, la première révolte romantique se joue dans la vie intérieure, là où le système ne peut pas encore brancher ses capteurs.
C’est en cultivant cette intériorité que des communautés peuvent naître, puis exiger des institutions plus humaines, moins dociles au rationalisme exacerbé.
La faille secrète – le cœur manquant du système
Le rationalisme paraît invincible, mais il est creux : sans cœur ni âme, il se trouve désarmé dans tout conflit profond, car les luttes décisives sont toujours remportées par les plus passionnés, non par les plus analytiques.
Le romantisme radical mise sur cette asymétrie : l’ardeur, la foi, le désir de beauté donnent une endurance que ne saura jamais générer un conformisme destructeur nourri de robots qui prétendent remplacer des artistes. L’IA sans cœur ni corps ne sera jamais, au grand jamais, capable de créer quoi que ce soit d’original.
La contagion romantique – le soulèvement sans étiquette
Le nouveau romantisme dépasse le débat intellectuel ; il sera porté par des personnes qui ne se définiront pas comme « romantiques », mais qui exigeront une société plus humaine, plus créative, plus attentive à la vie de l’âme.
Ce sont celles et ceux qui refuseront que leur existence soit réduite à ce qui se mesure, qui prendront au sérieux les intangibles, et qui verront dans la vie entièrement pilotée par les données un cul‑de‑sac existentiel – bref, qui refuseront de confier leur destin à une robotisation qui les crétinise.
Qui ne rêve pas de jouer à la baisse les géants de l’IA ?
Depuis que la vie existe, le grand secret de notre intellect est qu’il rêve. Il invente des récits - des péripéties de nature “cinématographique”, et il interagit avec elles. Quoi de plus puissant que ce cycle de rétroaction qui a pour effet de transcender, en retour, la valeur intellectuelle des-dits récits ? Quand notre art de raconter des histoires change d’échelle, nous changeons de paradigme et de monde à travers 3 révolutions cognitives que notre cerveau recombine. D’abord celle de l’intelligence supérieure de Sapiens, ensuite celle des révolutions post-Gutenberg (Renaissance / révolution française, Romantisme…), enfin celle d’une nouvelle Renaissance, ce nouveau romantisme qui va prendre son essor.
L’IA nous crétinise en violant notre valeur intellectuelle. À l’inverse, ce secret artistique ancestral peut transcender notre valeur, et c’est la seule façon de la garder pour inventer une autre vie. Car l’art de raconter des histoires humaines, les nôtres, transforme nos vies depuis toujours.
Alors comme Michael Burry1, il me vient l’envie de devenir un cassandre déchaîné. J’écris une fiction où mon héroïne s’engage dans cette épopée. Il s’agit de lancer ce mouvement artistique qui “joue à la baisse” (Big Short) les géants de l’IA. Pourquoi peut-elle rebattre les cartes ? Parce que quand l’échelle du langage change aussi radicalement qu’aujourd’hui, le paradigme artistique, celui de la valeur intellectuelle, change radicalement aussi; et toutes les cartes sont rebattues. À vous de choisir votre camp…
D’un coté, l’IA exacerbe la connerie de ceux qui l’adulent afin d’enrichir les géants: ils pillent notre valeur la plus intime en se moquant de la loi. De l’autre, il existe une voie étroite, exigeante, celle de la résistance “romantique”; elle consiste à démultiplier notre valeur artistique afin qu’elle reste, enfin, là où elle est née (cf Balzac). Seuls les héros qui y parviendront en se fixant de nouvelles exigences créatives (jeu de miroir, de transversalité, de transcendance de la valeur,…) pourront jouer à la baisse les géants de l’IA.
Choisissez votre camp…
David Jamet, auteur et chercheur - david@livre-contre-ia.fr
Michael Burry, PHD, est le héros du film « The Big Short » d’Adam Kay (2015). Il a joué à la baisse le marché de l’immobilier en 2005-2008. Aujourd’hui, Burry « joue à la baisse » les géants de l’IA avec sa lettre Substack « Cassendra Unchained »


